ACADÉMIE LUXEMBOURGEOISE – PRINTEMPS 2020 (7)

L’ARCHE, DE CLAUDE RAUCY

Quarante jours et quarante nuits, c’est long, pensait Noé.

Bien sûr, il n’avait pas eu une minute à lui. Des brebis à traire. Des écureuils qui voulaient des histoires. Le chat à qui donner des souris en chocolat. Et les mouettes qui perdaient le nord.

Non, pas une minute à rêver des plages.

Pourtant, très à bâbord, le Poète continuait à noircir des pages et des pages.

Vous écrivez quoi ? demanda Noé.

Des choses. Pour après. Des mots à dessiner dans le sable quand la terre sera de nouveau à nous.

Et vous croyez que c’est utile ? demanda Noé.

Je ne sais pas. Peut-être. Je crois.

11 avril 2020


IMPROVISATION À L’ORGUE DE BOZAR PAR BENOÎT MERNIER

avant le virus… mais nous aurons bientôt une autre surprise !






LA PETITE MARIÉE DE MAI

CHEZ HUGUETE LIÉGEOIS, FRANCIS ANDRÉ ET JEAN MERGEAI

… la petite mariée du mois de mai renaît sans fin une fois l’an, au pays gaumais, avec sa robe virginale, son front enguirlandé et sa suite psalmodiante. Harmonieux et pittoresque mélange de folklore religieux et paysan.

Francis ANDRÉ, Chroniques folkloriques et paysannes, 1940, in Cahiers de l’Académie luxembourgeoise n°30.


Mai, joli mai / Joli mois de mai / Au paradis quand vous y serez / Avec les anges vous chanterez

Pendant que se déroulait ce chant pieux, l’une des plus jeunes des fillettes allait et venait d’un pas lent, avec une charmante gravité, devant la haie formée par ses compagnes. Elle était tout de blanc vêtue. Souvent, elle portait une couronne dont descendait un voile, immaculé, lui aussi. A son bras, une aumônière. Dans sa main, un bouquet de fleurs champêtres. Chaque fois que cette petite fille, appelée la mariée, arrivait au bout de son bref parcours, elle saluait avec grâce, avant de faire demi-tour. Pour elle c’était un grand jour. Jouer le rôle de la mariée était un honneur. La maman avait veillé à ce que sa fillette fût fraîche et pimpante à souhait.

Notons que, dans certains villages, les écolières, porteuses de la vieille tradition, formaient un cercle au milieu duquel évoluait la petite mariaye.

Les personnes visitées donnaient à la gracieuse enfant un peu d’argent. Venait alors le chant de remerciement. Je l’entends encore, tel qu’il avait cours dans ma paroisse :

Nous vous remercions, Monsieur / Nous vous remercions, Madame / De la bonté que vous avez (…)

C‘est pour la Vierge et son enfant / Vivez content / Vivez longtemps / Vivez aussi joyeusement / C’est le mai, c’est le mai / C’est le joli mois de mai.

Jean MERGEAI, Gaume, Ed. Legrain, 1988.

ACADÉMIE LUXEMBOURGEOISE – PRINTEMPS 2020 (6)

LES EAUX CALMES DE DOMINIQUE COLLIGNON

Dominique COLLIGNON – Les eaux calmes

RÉFLEXIONS DE JEAN-PIERRE LAMBOT

qui partage quatre textes inédits de son journal, intitulé Glanes (après Méandres et Brindilles), en rapport avec le coronavirus. En voici un extrait. Pour lire l’ensemble, il suffit de télécharger .

Coronavirus : suite aux mesures de confinement que les autorités ont imposées à la population, le pays est à l’arrêt. A y bien réfléchir, il est même étonnant qu’il n’ait fallu que quelques heures pour faire cesser toutes les activités, ou presque. Le trafic automobile s’est interrompu, les aéroports se ferment, les industries stoppent leurs productions, les bureaux se vident, et chacun reste chez soi.
Est inimaginable le peu de temps qu’il faille à toute une société humaine pour s’arrêter. Mais sans doute le respect du confinement est moins dû à un comportement civique et solidaire qu’à la crainte de la mort qui accompagne le virus. En tout cas, même mon village est bien plus calme que d’habitude. Ce qui me frappe, c’est le relatif silence qui y règne. Comme l’école voisine de mon habitation a fermé ses portes, je n’entends plus les cris des enfants dans la cour de récréation. Et puis la circulation des véhicules motorisés s’est complètement réduite ; même le passage des tracteurs a diminué. Et surtout les touristes ainsi que les seconds résidents ont quasiment disparu ; c’est beaucoup d’animation en moins. Pour le reste, il ne semble pas que, jusqu’à présent, un habitant ait été contaminé. Heureusement pour nous, car ce n’est pas le cas dans des localités avoisinantes. Il est vrai qu’Agathe, la sainte patronne du village, était censée protéger des maladies de poitrine.


DEUX OEUVRES DE GUY DUCATÉ ET UN HAÏKU DE NATHAN

Solstice d’hiver. Retour à la lumière, huile de Guy DUCATÉ, 2020


Pâques en confinement

Le printemps est aux fenêtres

Que le ciel est beau !

(Haïku de Nathan, petit-fils de Suzanne Dufoing)

Festival de fin d’été, huile de Guy DUCATÉ, 2019


TROIS QUESTIONS DE JEAN MORETTE SUR LA PEINTURE ET LE TEMPS

La peinture évite bien des drames. Brueghel n’a-t-il pas empêché Icare de se noyer?

Où va s’arrêter « L’homme qui marche » de Giacometti?

Dans notre monde où les images défilent à toute vitesse, les peintures restent immobiles. Pour combien de temps encore ?


UNE OEUVRE DE BLANDY MATHIEU

Famille, huile de Blandy MATHIEU

Confinée ou non ? Qu’en pensez-vous?


ANDRÉ LANOTTE. HOMME D’ART ET D’ESPÉRANCE. 1914 – 2010

Cet ouvrage, qui vient de paraître en avril 2020 aux Éditions namuroises, est écrit par Marthe BLANPAIN, qui fut collaboratrice du Chanoine LANOTTE. Celui-ci, membre de l’Académie luxembourgeoise, fut secrétaire de la commission diocésaine d’art sacré et responsable de la reconstruction et de la restauration des églises endommagées dans le sud du pays durant la Deuxième Guerre Mondiale.

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LE CAHIER NUMÉRO 31 DE L’ACADÉMIE LUXEMBOURGEOISE EST PARU.

Il est – ou sera – prochainement en vente dans les librairies ainsi qu’au Service du Livre Luxembourgeois dès la fin du confinement, au prix de 15€.

Il peut également être commandé par mail à l’adresse « academieluxembourgeoise@proximus.be », avec un versement de 19€ au numéro de compte Académie luxembourgeoise IBAN BE95 0000 0957 00 58 avec les mentions « numéro 31 « , sans oublier l’adresse à laquelle envoyer le Cahier.

Article de L’Avenir du Luxembourg du mercredi 22 avril 2020



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ACADÉMIE LUXEMBOURGEOISE – PRINTEMPS 2020 (5)

EN CHEMIN DÈS L’AUBE, Cécile BOLLY

Bientôt Pâques.

Et si, ressusciter, c’était se (re)mettre debout, vivre plus éveillé à l’essentiel ?

Un bourgeon de saule me l’a rappelé en ce début de printemps.

La vie nous attend, avec une infinie patience.

Peut-être est-il encore temps.

Venez. Levons-nous, élevons-nous et marchons.

Il y a une grande joie à être en chemin dès l’aube.


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CHRONIQUE DU CENTURION

Depuis quelques années Paul MATHIEU rédige le courrier de Caïus, soldat romain occupant nos contrées et rattaché au refuge militaire de Montauban-Buzenol, sous le règne de Constance II (vers 337-340). Ce centurion porte un regard réflexif tant sur les moeurs des troupes romaines dont il fait partie que sur les populations locales.

Il est cette fois question d’une peste du sanglier, d’une étrange épidémie et d’un certain confinement…

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LA VIE, LA MORT

Guy DENIS, Pierre-Alain GILLET, André SCHMITZ

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Guy Denis – À paraître dans Morituri, édition du RA

Dessin de Pierre-Alain Gillet

Brou de noix au calame


La vie, encore

Vous voilà bien la mort, avec tant de
cadavres sur les bras que vos bras vous en tombent,
laissant rouler en terre des corps par centaines.
Vous voilà bien s’il est vrai qu’un Dieu amateur
de dépouilles vous les prend une à une avec
éclat. vous voilà bien, noiraude Pénélope
détricotant la vie, si la vie ailleurs refait
maille à maille la splendeur de vivre encore.

André Schmitz, L’arbre à paroles, février 1995



OÙ VA LE POÈMEPaul MATHIEU, Francis CHENOT

Paul Mathieu, D’abord un peu de jour Éd. Estuaires, 2019

La vie encore

Savoir où va le poème

Comment le pourrait-on

Quand on ignore même

d’où tout cela vient

&

d’ou vient le premier mot

tombé sur la page


Si l’utopie n’est d’aucun lieu

ainsi que son frère le doute

elle peut fleurir clandestinement

dans les jachères désolées

ou tel un noir coquelicot

réfractaire et insoumis

sur les gravats du désespoir

Francis Chenot, Chemins de doute, Éd. de l’Atlantique


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ARBRES DE VIE – Annemarie TREKKER, Pierre CHARIOT

Annemarie Trekker, Arbre de vie 4

Annemarie Trekker - Arbre de vie 4


Pierre Chariot – Pommiers en fleurs

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ACADÉMIE LUXEMBOURGEOISE – PRINTEMPS 2020 (4)

Les membres de l’Académie luxembourgeoise font signe depuis leur confinement !

De Patrick MC GUINNESS, depuis le Pays de Galles…

… où de temps en temps on peut voir les collines de Wicklow en Irlande. Les crépuscules sont sanglants, les plages désertes... (PMG)



De Louis A. LECOMTE, depuis Florenville…


De Jean MORETTE, depuis Omezée (Entre-Sambre-et-Meuse)…

J. Morette

Dans l’Avenir du Luxembourg du mardi 7 avril, vous trouverez un bel article sur Guy DENIS, ( https://www.lavenir.net/cnt/dmf20200406_01464515/poemes-du-confinement-de-guy-denis?fbclid=IwAR0akCESntZ5biDww_-vkG7_vDjjkLcmBNUhKpRSUJcghb3S9rLRCLaDNaQ )

Vous y trouverez également son « Poème du confinement », dont voici un extrait :  

Confinés, coincés, reclus rabougris, racrapotés,

Ne comptons plus les morts dans nos cahiers domestiques

Mais chantons l’amour à tue-tête dans la nature

Prolifique